Au tout début d’une campagne, avant d’analyser qui gagne quoi, commençons par revoir quelques bases. Les candidats de tous bords vont très certainement s’envoyer énormément de chiffres à la tête, s’accuser de mentir, demander un fact-checking, d’autres vont fact-checker le fact-checking. Voici une méthode assez simple pour y voir clair1)Je plaisante, sur le principe c’est simple, mais il faut un excellent google fu et une bonne connaissance des différentes sources de données., et pour cela, nous allons prendre l’exemple récent et sans grande importance ci-dessous, qui montre la difficulté du fact-checking en temps réel. Petite précision qui a son importance : je n’ai pas regardé le débat, étant assez peu intéressé par ces deux personnages, je ne commenterai donc que le contenu du tweet.

BFM vs Zemmour

Les sources

Avant tout, d’où viennent les informations présentée ? Pour Zemmour on ne sait pas en l’état, mais BFM parle du ministère de l’Intérieur. Il s’agit donc des dépôts de plaintes annuels (ça aura son importance, on y reviendra). Il se trouve que le ministère de l’Intérieur publie des statistiques annuelles sur les plaintes, et qu’effectivement pour 2020, le chiffre correspond à celui cité par BFM (page 7).

En 2020, le nombre de coups et blessures volontaires sur personnes de 15 ans ou plus dépasse les 260 000 victimes. Pourtant, ce chiffre sous-estime le phénomène des violences puisque selon les enquêtes de victimation, malgré la gravité de ce type d’actes de délinquance, la majorité des victimes ne déclarent pas les faits dans un commissariat de police ou une brigade de gendarmerie : selon l’enquête CVS, sur la période 2016-2018, moins d’un quart des victimes de violences physiques exercées par un auteur qui n’appartient pas ou plus à leur ménage ont formellement déposé plainte dans un commissariat de police ou une brigade de gendarmerie.

En revanche, on remarque qu’il ne concerne que les agressions physiques sur majeurs de 15 ans enregistrées, un élève de sixième tabassé pour donner son portable n’y sera pas (pour une bonne raison d’ailleurs : c’est comptabilisé dans les rapports protection de l’enfance mais idéalement, il faudrait aller rajouter les chiffres pour les moins de 15 ans), un majeur menacé pour donner son portefeuille non plus. On remarquera aussi (même si ce n’est pas dans la citation, voir fichier suivant) que ces chiffres ne concernent que la France Métropolitaine.

Que faire après ?

Première chose, vérifier ce que ça donnait l’année ou les années d’avant, surtout lorsque l’année a été aussi spécifique que 2020. Heureusement, le ministère de l’Intérieur nous donne un tableau pratique, avec des catégories certes un peu larges mais qui peuvent donner une idée. On y retrouve notre 260 500 annoncé mais aussi quelques autres chiffres.

Nous avons donc plusieurs possibilités pour définir une agression:

  1. Le chiffre de BFM, avec 260 500, ce qui divisé par 3662)Je nitpicke, 2020 étant une année bissextile mais autant être précis. donne effectivement environ 712 agressions par jour, si on ne compte que les coups et blessures volontaires.3)Un des inconvénients du fact checking trop rapide, les communiqués parlent de plus de 260 000 mais les tableaux précisent à 260 500, normalement ce chiffre aurait été mieux dans un fact checking, mais c’est secondaire.
  2. Toutefois il paraît difficile de les comptabiliser sans y inclure au moins les vols violents sans armes4)Ce serait étrange qu’on compte comme agression celle où on te laisse ton portefeuille mais pas celle où on te le vole…, les vols avec arme et les homicides5)Incluant, cf supra les violences volontaires ayant entrainé la mort sans intention de la donner. Un tabassage serait compté comme une agression si la victime survit mais pas si elle meure.. Les trois étant assez classiquement compris dans ce qui est entendu comme une agression. Ce qui nous donnerait 331 963, soit 907 actes par jour impliquant des violences ou des armes.
  3. On peut éventuellement6)Lorsque je dis éventuellement, ce n’est pas pour les minimiser, au contraire, mais elles peuvent parfois être comptabilisées à part, même si dans ce cas, on y reviendra dans le prochain post, ça a du sens de les inclure. y ajouter les violences sexuelles, pour un total de 386 763, soit 1057 actes par jour. Ce qui est probablement le total auquel Zemmour et la droite avant lui, se réfèrent.
  4. Les vols sans violence contre des personnes sont plus compliqués, cela peut aller du racket sans armes avec menaces mais sans violence ou du vol à l’arrachée que l’on peut très bien percevoir comme des agressions, jusqu’au pickpocket dont on ne s’aperçoit même pas que l’on ne pourra pas tellement faire rentrer dans cette catégorie. Mais si on comptait ceux-ci nous aurions 930 463 actes soit 2542 par jour.

Bref selon votre définition d’une agression (et tous les rapports officiels ne vont pas avoir la même lorsqu’ils utilisent le terme), le chiffre que vous pouvez donner sans avoir ni tort ni raison varie drastiquement. Ce post étant déjà trop long, je renvoie à un prochain post la partie suivante sur les enquêtes de victimation, dont parlait l’extrait du ministère de l’Intérieur. Le tout avec un rapport de l’INSEE qui utilise une catégorisation encore différente des quatre proposées ici.

En attendant, qu’est-ce qu’une agression pour vous ?

Edit : le sondage n’était pas clair, les options font référence aux quatre options de la liste de définitions qui précède. Le sondage a été reseté et clarifié.

Notes

Notes
1 Je plaisante, sur le principe c’est simple, mais il faut un excellent google fu et une bonne connaissance des différentes sources de données.
2 Je nitpicke, 2020 étant une année bissextile mais autant être précis.
3 Un des inconvénients du fact checking trop rapide, les communiqués parlent de plus de 260 000 mais les tableaux précisent à 260 500, normalement ce chiffre aurait été mieux dans un fact checking, mais c’est secondaire.
4 Ce serait étrange qu’on compte comme agression celle où on te laisse ton portefeuille mais pas celle où on te le vole…
5 Incluant, cf supra les violences volontaires ayant entrainé la mort sans intention de la donner. Un tabassage serait compté comme une agression si la victime survit mais pas si elle meure.
6 Lorsque je dis éventuellement, ce n’est pas pour les minimiser, au contraire, mais elles peuvent parfois être comptabilisées à part, même si dans ce cas, on y reviendra dans le prochain post, ça a du sens de les inclure.