crane-diamants-damien-hirstLes partis politiques meurent souvent d’avoir survécu à la question qui leur était posée, tels les royalistes des débuts de la IIIème République, s’étiolant en l’absence de prétendant crédible au trône et qui finirent par être balayés dans ce que les trotskistes appelleraient les poubelles de l’histoire1)Trostky a utilisé cette expression devant le congrès des soviets en 1917 pour désigner le sort qui attendait les partis de gauche anti-bolchevique. L’expression a fait florès depuis et le sort qui attendait Trotsky lui même ne la rend que plus savoureuse..

Après une longue maladie, le clivage basé sur la guerre froide et la relation au marxisme apparaît agonisant, les deux partis majeurs s’étant trouvés incapables d’atteindre un consensus interne sur ce qui est aujourd’hui la question clivante : l’identité, l’ouverture au monde, et par ricochet la construction européenne. Cette incapacité alimente les accusations de similarité, d’entre-soi, symbolisées par le sigle UMPS utilisé par le FN : en l’absence de socle idéologique fort, les partis majeurs ne sont perçus que comme des écuries visant la perpétuation d’une rente. Leurs offres étant indifférentiables sur le point critique, leurs divergences semblent artificielles, et le sont d’ailleurs parfois objectivement, lorsque l’opposition rejette une mesure qu’elle prônait dans la majorité, et vice-versa, par pur opportunisme politique.

Il me paraît en revanche dangereux et erroné de nier l’existence d’un clivage : il ne s’agit pas de proposer de l’eau tiède en prenant la voie moyenne d’une question qui n’intéresse plus personne. Il faut au contraire se positionner franchement, mais sur la question qui intéresse les Français. Le Front National a su se positionner clairement du côté identitaire, anti-libéral et anti-européen, mais aucun parti ne peut lui donner la réplique, le PS étant englué avec son aile gauche anti-libérale, anti-européenne dont les prêches combistes2)Combes défendait en 1905 une vision maximaliste, anti-religieuse, de la laïcité, alors que Briand, qui l’emporta, défendait un rôle neutre de l’Etat face aux religions, considérées comme des opinions. Ce débat est toujours vivant à gauche et peut encore se lire dans les définitions que les uns et les autres donnent de la laïcité. se rapprochent parfois de l’islamophobie du FN, l’UMP étant, dans la foulée de Buisson, partie à la chasse aux voix du FN, tout en gardant une aile vaguement centriste3)L’UDI de son côté est un parti majoritairement local et dépendant de l’absence d’un challenger de l’UMP; la majorité de leurs débats politiques repose d’une part sur la probabilité de se faire virer de leur mairie par une candidature UMP, et sur des haines recuites de l’autre. Le parti n’a aucun militant, a plutôt un track record correct dans la gestion municipale, mais n’a aucun avenir national..

Un parti, ou à défaut un candidat sans parti4)Oui, je pense à E. Macron qui n’a que peu de temps pour monter un parti crédible. Il a d’ailleurs fait des allusions qui pourraient faire penser qu’il a fait une analyse similaire à celle présentée ici., qui se positionnerait sans ambiguïté sur une ligne libérale, pro-européenne et ouverte sur le monde pourrait délivrer un message puissant, à condition d’assumer ce clivage : l’adversaire à battre n’est ni l’UMP ni le PS, le seul parti certain d’être au second tour est le FN, et c’est le seul dont le message soit cohérent. Erroné, mais cohérent dans l’erreur, et qui fédère de plus en plus les “révoltés” de toutes obédiences. Il s’agit de plus d’une plateforme qui forcerait UMP et PS à clarifier leurs positions, faute de quoi leur légitimité comme partis majeurs risquerait d’être plus que jamais battue en brèche.

Plus que jamais une divergence existe, mais à la différence droite-gauche, ancienne et mourante, se superpose un clivage qui devient dominant entre la plaine qui recherche la paix civile, et les enragés de la montagne5)On différenciait au début de la IIIème la montagne rouge et la montagne blanche, unies dans leur effort contre une république modérée, c’est un point de comparaison intéressant.. Dans ce débat, j’assume les opinions de la plaine et les revendique : elles sont le seul moyen de conserver une société variée à laquelle je tiens.

References   [ + ]

1. Trostky a utilisé cette expression devant le congrès des soviets en 1917 pour désigner le sort qui attendait les partis de gauche anti-bolchevique. L’expression a fait florès depuis et le sort qui attendait Trotsky lui même ne la rend que plus savoureuse.
2. Combes défendait en 1905 une vision maximaliste, anti-religieuse, de la laïcité, alors que Briand, qui l’emporta, défendait un rôle neutre de l’Etat face aux religions, considérées comme des opinions. Ce débat est toujours vivant à gauche et peut encore se lire dans les définitions que les uns et les autres donnent de la laïcité.
3. L’UDI de son côté est un parti majoritairement local et dépendant de l’absence d’un challenger de l’UMP; la majorité de leurs débats politiques repose d’une part sur la probabilité de se faire virer de leur mairie par une candidature UMP, et sur des haines recuites de l’autre. Le parti n’a aucun militant, a plutôt un track record correct dans la gestion municipale, mais n’a aucun avenir national.
4. Oui, je pense à E. Macron qui n’a que peu de temps pour monter un parti crédible. Il a d’ailleurs fait des allusions qui pourraient faire penser qu’il a fait une analyse similaire à celle présentée ici.
5. On différenciait au début de la IIIème la montagne rouge et la montagne blanche, unies dans leur effort contre une république modérée, c’est un point de comparaison intéressant.